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Noms patois particuliers à l’irrigation

Du bisse de Lens - pp 112-113

dimanche 31 mars 2024, par Dzakye

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Noms particuliers à l’irrigation
du bisse de Lens
pp 112-113
Dans mon texte ces mots sont écrits phonétiquement tels que je les ai tou-
jours entendus dans mon village. L’orthographe a varié au cours des siècles.
Je relève les anciennes graphies de ces mots qui me sont connues.
airzèreu: petit bisse d’arrosage. En 1457 ce mot s’écrivait hergeres.
arandôn: partie d’un pré non irrigué d’où le verbe arandonâ: arroser sans
soins.
avoïour: en 1914 s’écrivait avoyour, du mot avoyer qui désigne le premier
magistrat.
cliâ :clef, écluse. En 1457 on l’appelait destornyour c’est-à-dire le détourneur
d’eau.
cômpônsiôn : reprise d’une pose manquant d’eau d’où le verbe patois com-
pondrè, c’est-à-dire reprendre, recommencer la pose ou aussi par extension,
verser une coupe supplémentaire de vin.
drouèt : pluriel drouès : droit. En 1450 ce mot s’écrivait dreiss.
évouén: gardien des eaux, di j’évouè.
legotuéire : en 1698 s’écrivait legotuire. Ce mot doit provenir de gota : goutte.
La legotuéire ou eau non réglementée était peu abondante.
lèviou: en 1448 levyoux: prise d’eau; du verbe lèvâ, lever. Lèvâl’évoue: lever
l’eau.
mèchouéïre: en 1914 mèchuire: des mots mècha (messe) ou mèchazo (em-
ployé). En effet le revenu de ces poses allait à l’église et aux employés du
bisse.
meniour: en 1914 mignour: celui qui mène le bisse.
quâr: quart: ce mot désigne un des 14, 18 ou 20 droits de chaque pose. Ce
droit qui en fin de compte ne désigne que le 1/14, le 1/18 ou le 1/20 de l’eau
du bisse, devait bien désigner à l’origine le 1/4 de cette eau. Il va sans dire
qu’à l’origine le bisse n’avait pas les dimensions actuelles. D’après les arrêts
du bisse de 1457 le quartier de Lens comportait 51 droits avec les mèchouèï-
rè. Chacune des douze poses comportait donc quatre droits d’où le nom de
quâr pour un droit.
romouâïe : remuage, s’écrivait en 1914 remouaye au singulier et remouéyè au
pluriel. C’était la pose qui marquait le changement de quartier du Grand
Bisse.
tâsso: tâche, travail. En 1698 Thassoz et en 1914 Tassoz, un des douze sec-
teurs des bisses à entretenir.
torniour: en 1457 tornyour; du verbe tornèïè, tourner, petit sillon destiné à
répartir l’eau au haut du pré.
bâhonèt: pluriel, bâhonès: bâtons équarris sur lesquels étaient tracées les
marques de famille des ayant-droit aux poses des étangs. Ils s’affichaient la
veille de l’arrosage.
paletta : pluriel palettè : affiches qui remplaçaient les bâhonès après l’alpha-
bétisation de la population. Ce mot désignait aussi les petites écluses du
Grand Bisse appelées aussi clià.
pelôn : endroit le plus profond de l’étang où on avait établi l’écluse,
impremâ : procéder au premier arrosage d’une prairie.
effâciè: frais annuels encaissés par le meniou que chaque consort devait
payer à son quartier en proportion de ses droits.
Paie lè j’effâciè: payer les effâciè.
Rô : selon le chanoine Lucien Quaglia ce nom provient probablement du la-
tin ruere qui signifie couler.
riouta : ce nom désigne l’attache végétale qu’on utilisait pour lier les fagots
(lantane ou viorne avec laquelle le rusé Leintsâr a maîtrisé le géant Ayentot).
bôtsèt : pluriel, bôtsès : supports en bois équarri fixés dans la paroi rocheuse
pour soutenir le chéneau et la passerelle du bisse. Ce mot pourrait être un dé-
rivé du patois bôtse (bouche) qui qualifierait les trous percés dans le rocher
à cet effet.
pouja: pose: poujè: du verbe pojà, poser. En effet les lieux d’utilisation des
poses étaient fixes. Les poses duraient 7 heures le jour et 10 heures la nuit au
Grand Bisse et deux fois 7 h. le jour au consortage des étangs.
A Chermignon les poses des étangs étaient dénommées à l’aide de l’adjectif
numéral cardinal masculin: le ôn, le dô, le treuch, le quatro, le cén, le chich.
le chat, le ouèt, le nou, le djiè, le onzè, le dozè etc. jusqu’à vén.
Ouéc tréjôn lo ôn : aujourd’hui ils traient le un (traire dans le sens de soutirer
l’eau des étangs). Le dô chè trét piè devéndro : le deux ne se trait que ven-
dredi.